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Saturday, 25 May 2019

Dessiner grâce au cerveau droit de Betty Edwards


Inspiration à l'encre de Chine et feutre d'un dessin trouvé dans Elle - Artiste inconnu

Divers dessins trouvés dans Elle réalisés au crayon gras - Artistes inconnus

Exercice du livre Dessiner grâce au cerveau droit de Betty Edwards - Dessiné à l'envers sans voir ce que je dessinais, jusqu'à retourner la page. Le résultat est étonnant...

Exercice inspiré des dessins de Seb Jarnot réalisés avec des feutres


Exercice inspiré des dessins de Seb Jarnot à l'encre de Chine


Exercice inspiré des des dessins de Seb Jarnot réalisés avec des feutres et de l'encre de Chine

Exercice sur un tableau de Marc Chagall à la craie grasse

Exercice du livre Dessiner grâce au cerveau droit de Betty Edwards réalisé au crayon gras -  Dessins réalisés à l'envers pour dessiner ce que l'on voit et non ce que notre cerveau gauche (celui de la raison et non des émotions) interprète souvent très mal


Exercice du livre Dessiner grâce au cerveau droit de Betty Edwards réalisé au crayon


Exercice réalisé à partir d'une photo


Exercice du livre Dessiner grâce au cerveau droit de Betty Edwards  réalisé au crayon et au crayon gras - Les deux derniers sont réalisés en se basant sur les vides et non les formes

Thursday, 23 May 2019

Le premier regard

NOËL AU MOIS D’AOÛT

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Le rêve (le baiser de l'ange) – Auguste Rodin


« Qui savait au début qu’il y aurait une fin
Qui êtes-vous messieurs dames pour me parler comme ça ?
Hosanna hosanna, et en route pour la joie »
Noir Désir – Du ciment sous les plaines 

Diogo et Marie – Bangui, Centrafrique – 1968

Nos regards se croisent, il me déteste déjà et compte bien me faire payer ma future présence ici bas. Pourtant nous ne sommes que des ectoplasmes errant à la recherche d’une vie, des fantômes en suspens arrêtant brusquement leur course effrénée pour trouver un corps. Mon père vient de rentrer dans le bureau et son regard croise celui de ma mère. L’onde qui lui parcourt le corps est pareille à celle d’un tsunami. Une explosion volcanique dans le bas du ventre, une vague chaude et froide qui lui remonte dans la poitrine, jusqu’au cerveau, et envahit sa bouche, en oubliant de passer par le coeur. Il sourit, ce sourire carnassier qui va mordre sa proie au cou, elle est foutue, vraiment. Ce n’est pas dans la sueur et le sperme que mon frère et moi naissons, mais de ce premier regard. 

– Je serai leur premier enfant, toi tu viendras plus tard, me dit mon frère.

Je capitule face à son air menaçant. Je vais les suivre pendant trois ans, patiemment, invisible, je les scruterai, j’apprendrai à les connaître. S’il me disait, au bord d’une falaise « Saute », je sauterais. Il me fait cet effet-là, son air vicieux et angélique me fait céder à tous ses caprices, il est plus fort que moi, et c’est plus fort que moi, je l’aime plus que tout. Pourtant tout cela est de ma faute. Faute de quoi, je n’en sais rien, mais j’ai bien compris qu’il y avait quelque chose qu’il fallait que je paye, c’est une chose entendue.

Diogo et Francesca – Bangui, Centrafrique – 1969

La photo est minuscule, en noir et blanc, comme une pellicule de film avec plusieurs poses, des petits trous carrés sur les côtés. Des traces de crocs de chats se mêlent aux trous, Zébulon a dû jouer avec les clichés un après-midi d’ennui. Elle a 29 ans, il doit avoir 2 mois, le décor est de style colonial, sur une terrasse en bois. Elle tient sa tête dans sa main droite et le regarde comme si ses yeux lui disaient « Qui es-tu ? » Il la regarde avec ses grands yeux étonnés et rieurs bordés de cils bruns sans fin, il sourit, ils se connaissent à peine, se séduisent un peu, ils ne se détestent pas encore, mais cela ne va pas tarder. Il va commencer à lui faire payer la sortie de cet univers mou et chaud, sans bruit, feutré, cette sortie violente avec des forceps car non, il ne voulait pas sortir. Il était très bien là où il était, il n’avait absolument aucune envie de connaître le monde, le froid, l’abandon, l’angoisse, les questions incessantes, le doute, la jalousie, le manque d’amour, le rejet. Non, non, non, ça ne peut pas faire, il ne voulait pas sortir, un point c’est tout, il va lui faire payer cette sortie magistrale, d’ailleurs il avait encore un mois à rester à l’intérieur de cet utérus douillet, ils se sont trompés de jour. Il ne supportera plus jamais de sa vie d’être réveillé par quelqu’un.

Marie et Francesca – Alès – Mai 1973 

Mon premier souvenir sera ce crépuscule couleur vanille. Je me retourne et je croise son sourire. Elle a les traits tirés, son regard est doux, mais triste, délavé. Ses cheveux bruns sont courts, elle porte un jean et un pull à col roulé rose. Elle vient me chercher tous les soirs avenue de Stalingrad chez ma nourrice, elle est fatiguée, déçue. Elle doit se faire à l’idée de nous élever mon frère et moi toute seule, depuis que mon père est parti. Je n’étais même pas née. Mon frère galope à côté d’elle avec son chapeau de cow-boy, il est complètement absorbé par son monde imaginaire. Il tourne la tête vers la droite et voit surgir de nulle part un Tyrannosaurus Rex qui lui montre des crocs menaçants. Il s’arrête net en souriant, mais réagit tout de suite et lui tire dessus avec son colt avant de trébucher. Francesca lance un soupir agacé, elle l’adore autant qu’elle peut le détester parfois, il ressemble déjà trop à son père. Elle attrape sa main et la colle sur la poussette, il n’a qu’à suivre, bon sang. Il a le nez mécheux, une moustache de crasse, des larmes séchées au coin des yeux, car il a fallu le réveiller de sa longue sieste et lui il déteste ça, et quand ça arrive, il se roule par terre, il fait n’importe quoi pour attirer son attention. Je me rassois et fixe d’un air satisfait le rose, le bleu, le jaune et le gris qui se mêlent dans le ciel.

Diogo et Guillaume – Nîmes –1991

Quand il le voit, il est déjà à l’angle de la rue de Vérone, il tourne, c’est trop tard. Il y a quelques instants il a dit qu’il ne voulait pas le voir, ce qui m’a forcée à dire non moi aussi, toujours aussi incapable de lui tenir tête, mais il a subitement changé d’avis, alors il a dévalé les trois étages, mais il était déjà parti. De toute façon il n’avait pas répondu à la lettre qu’il avait envoyée à une adresse à Lisbonne qu’il avait trouvée dans un vieux calepin, il fallait bien le faire payer lui aussi un peu de son absence. Il le fixe de ses yeux bruns immenses, sa mâchoire se crispe toute seule quand il est énervé, il serre les poings de rage. Le premier regard est un regard raté, mais ce n’est pas vraiment le premier, cela fait dix-huit ans qu’ils ne se sont pas vus.

Marie et Guillaume – Nîmes – 1991

Je lève la tête et je sais instantanément que c’est lui. Je sens le bras de ma mère se raidir autour du mien. Je le reconnais tout de suite, mais il ne me voit pas. J’ai juste le temps de rentrer dans la banque qui fait l’angle de la rue. Je suis dans un bocal, une bulle, le temps s’arrête. J’ai l’image, mais pas le son, je vois des bras qui s‘agitent, des regards furieux. Je suis pétrifiée, une statue de sel, quand soudain il penche la tête et croise mon regard. Il a l’air surpris, curieux, tendu, il me dévisage, scrute le moindre signe, il cherche à voir s’il se reconnaît dans mes traits, dans ma façon de me vêtir. Il se trouve que je suis habillée comme lui : un Levi's 501, un T-shirt blanc, un Perfecto en cuir et des bottes de moto. Je vais rester un peu plus longtemps ici, je suis bien, il fait chaud dans cet utérus artificiel, je ne vais pas naître à mon père tout de suite. J’ai envie de sortir et de lui parler, mais la présence de ma mère m’en empêche, je ne veux pas la trahir, je vais attendre de le recroiser à Londres dans deux ans, devant le Lycée Charles de Gaulle où je ne m'attendrai pas à le voir et où il me prendra dans les bras sans dire un mot, en pleurant. Cela fait 15 ans qu'il a quitté l'Europe pour aller vivre à Providence. 
C’est encore trop tôt. C'est écrit. C'est toujours écrit.

Camille et Anaïs – Nîmes 1997

La chaleur dans la chambre d’hôpital est intenable, nous sommes le premier octobre et pourtant on se croirait en plein été. Sur le lit, Anaïs est tournée vers le petit bac en plastique qui sert de lit à Camille. Elle regarde fixement ce petit bébé coiffé d’un bonnet en coton extensible qui la fait ressembler à un lutin. Je suis persuadée qu’elle est dans cette position hypnotique depuis des heures, elle n’en revient pas, elle ne m’a même pas entendue entrer. Camille se demande dans combien de temps elle va oublier sa vie précédente. Pour l’instant elle est trop petite pour s’exprimer, mais dans quelques heures ce sera fini, elle ne se souviendra de rien, elle sera vierge de tout souvenir. En général on oublie tout à la naissance, mais dans quelques rares cas, les souvenirs restent un peu plus longtemps, on a du mal à lâcher notre vie d’avant. Elle passait par là par hasard en fait, elle les a entendus, elle ne savait même pas si elle allait être une fille ou un garçon, mais ils leur ont plu, ce garçon un peu énervé avec ses grands cils bruns, et cette fille couleur d’ébène au port un peu altier. Je me penche sur le couffin et pose mon doigt au-dessus sur la bouche de ma  nièce pour lui donner le baiser de l'ange et elle me sourit. 

Ça y est, elle a tout oublié. Bienvenue sur Terre.

Let's talk about flowers and plants!

  After 2 years in my new flat, I decided it was high time to decorate my spacious and sunny terrace. I recently invested in a flew pla...